Regards croisés sur la coopérative d’activités
Publié le jeudi 18 avril 2013 par Fatima Lamyne, Nathalie Demarcq | 0 commentaires
Classé dans : Témoignages - Regards croisés - Statuts - Coopérative -

Qu’est-ce qu’une coopérative d’activités et d’emploi (CAE) ?

Le concept est né en même temps que celui de la couveuse d’entreprise dans les années 1995 avec la création de Cap Services à Lyon par Élisabeth Bost.

L’idée est simple : plutôt que de créer sa propre entreprise en solo, l’entrepreneur créé son emploi au sein d’une entreprise partagée.
Les coopératives d’activités sont des SCOP : Société coopérative ouvrière de production.
Elles appartiennent donc à leurs salariés.

L’entrepreneur devient donc entrepreneur-salarié avant de devenir coopérateur, c’est-à-dire associé. Il participe ainsi, non seulement à la vie de la coopérative, mais également à sa gestion, notamment en participant à l’assemblée générale annuelle.

Témoignages sur la coopérative d’activités :

Pour illustrer cette forme particulière d’associations d’entrepreneurs, Nathalie DEMARCQ et Fatima LAMYNE, ont accepté de témoigner pour Croquefeuille.

Installée dans le Val-de-Marne, Fatima LAMYNE a créé KATIBA GESTION en 2011. Elle exerce au sein de Coopaname et propose des services d’assistance administrative, commerciale et pré-comptable auprès des professionnels de tous secteurs d’activité.
Après un Bac+2 comptabilité, elle a suivi une formation en bureautique et a travaillé pendant 10 ans comme salariée dans un grand groupe avant de se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat.

Installée en Rhône-Alpes, Nathalie DEMARCQ a créé ND Secrétariat en 2010. Elle exerce au sein d’Escale Création et propose essentiellement des prestations de retranscription audio, soit à partir de ses propres enregistrements et notes, par exemple pour le comité d’entreprise d’APICIL, ou de ceux de ses clients, par exemple pour la retranscription du colloque Santé Sud ou pour des retranscriptions d’interviews médicales pour les HCL notamment.
Elle intervient également ponctuellement sur site pour les comités d’entreprise, notamment pour la préparation des œuvres sociales.

Son parcours est un petit peu atypique, puisque c’est après des études scientifiques (Bac D et première année de médecine) qu’elle a intégré le monde du travail.

« Sans formation qualifiante, je me suis formée sur le terrain : vendeuse, responsable de magasin, remplacement de la secrétaire dans une association où j’étais manutentionnaire… J’ai ensuite passé mon BNS (Brevet national de secouriste) et j’ai été pendant 10 ans chauffeur ambulancier. J’ai dû me reconvertir et j’ai suivi alors une formation AFPA d’un an comme secrétaire comptable. » (Nathalie)

Quand et pourquoi avez-vous décidé d’intégrer une coopérative d’activité ?

ND : J’ai découvert Internet et le télétravail qui n’en était qu’à ses balbutiements lors de ma reconversion professionnelle en 1999. J’ai tout de suite été attirée par cette façon d’exercer mon nouveau métier. Par contre, il me fallait acquérir de l’expérience et j’ai donc commencé par effectuer des missions intérimaires puis j’ai enchainé avec un CDI dans un hôpital de Lyon.
Lors de ma première grossesse, j’ai eu de nouveau envie d’exercer à distance, d’autant plus que j’avais déménagé à une quarantaine de kilomètres de Lyon. Mon employeur ne semblait pas être prêt à tenter l’aventure du télétravail (on était en 2003) et j’ai donc exploré d’autres pistes et peaufiné mon projet durant les trois ans de mon congé parental. J’ai eu un premier contact avec une coopérative en Isère, mais le feeling n’est pas passé. Une seconde grossesse a différé mon projet.
Je pensais sérieusement à adopter le statut d’auto-entrepreneur bien que je n’étais pas convaincue que ce soit le plus adapté à ma situation. La rencontre avec un voisin qui avait intégré Escale Création et me la recommandait a changé les choses. Je les ai rencontrés et tout est allé très vite, car je me suis retrouvée dans cette coopérative, dans l’équipe de permanents et les valeurs véhiculées.

J’étais alors demandeur d’emploi. J’ai négocié une rupture conventionnelle de mon contrat de travail principal après deux congés parentaux et une année sabbatique, 7 ans durant lesquels j’étais à la fois assistante maternelle et secrétaire d’association. J’ai intégré la coopérative dès la signature de ma rupture, car j’avais tout préparé en amont, que ce soit avec la coopérative ou la famille que j’accueillais (rupture du contrat suite à l’entrée de l’enfant à l’école). Mes enfants étaient également scolarisés toute la journée (2ème année de maternelle de mon fils et CE1 pour ma fille). Du fait de la rupture conventionnelle et de la rupture de contrat à la demande des parents, j’ai bénéficié des allocations chômage à mon entrée à la coopérative.

FL : Au bout de six mois d’immatriculation en AE, et pour de multiples raisons, j’ai décidé d’intégrer la coopérative d’activité et d’emploi COOPANAME.
J’adhère à cette formule de « l’économie sociale et solidaire ». En intégrant la coopérative, j’ai retrouvé la sérénité et la tranquillité d’esprit que je cherchais.

Quelles sont les conditions d’entrée ?

FL : La seule condition qui m’a été imposée lors de mon entrée au sein de la coopérative a été la radiation de mon auto-entreprise. Le statut d’AE n’est en effet pas compatible avec celui de la coopérative, pour des raisons fiscales. Mon choix a été vite fait, car les choses étaient claires pour moi.

ND : Je sais qu’il faut assister à une réunion d’information puis présenter son projet à un accompagnateur, mais je dois dire que je n’ai pas vraiment emprunté cette voie, car mon projet était bien avancé.

Comment ça s’est passé concrètement pour vous ?

ND : Je me suis présentée et fait un état des lieux du travail que j’avais déjà accompli. Après pratiquement 7 ans de préparation, beaucoup de questions avaient déjà trouvé un début de réponse. Escale m’a permis de les affiner.

FL : Après en avoir discuté avec une amie, j’ai appelé Coopaname pour prendre rendez-vous et assister à une réunion d’information, ce qui n’engage à rien.
Durant cette réunion, j’ai appris le système de la coopérative et j’ai eu réponse à toutes mes questions.
Après la réunion d’information, j’ai fait mon choix et décidé d’entrer en coopérative. J’ai donc pris un second RDV pour signer ma convention d’accompagnement. On m’a ensuite attribué un référent qui me conseille sur la gestion de mon activité.
J’ai suivi un parcours d’intégration sous forme d’ateliers d’une demi-journée chacun.
Au bout de quelques mois d’activité au sein de la coopérative, j’ai constitué ma trésorerie et je suis devenue salariée, avec tous les avantages qu’offre le statut de salarié.

Quels sont, selon vous, les avantages de ce type de statut ?

FL :

  • La couverture sociale : Quand on est coopérateur salarié, on est couvert par le régime général de la sécurité sociale (CPAM), à condition d’avoir un minimum de 60 heures à déclarer sur le bulletin de salaire. On peut également constituer ses points de retraite à partir de 75 heures minimum d’heures déclarées. On peut prendre un arrêt de maladie.
  • Assurance professionnelle : On n’a plus besoin de souscrire une assurance pro auprès d’un professionnel des assurances, nous sommes couverts par l’assurance de la coopérative, moyennant une cotisation prélevée directement sur notre chiffre d’affaires.
  • La mutuelle : C’est nouveau dans ma coopérative, on peut souscrire à la mutuelle par la coopérative de la même façon qu’une mutuelle d’entreprise.
  • Dispense d’immatriculation : J’exerce avec le numéro de Siret de ma coopérative.
  • Dispense d’agrément : Les personnes qui travaillent avec les particuliers dans le cadre du service à la personne n’ont pas besoin de demander le numéro d’agrément à la préfecture, la coopérative à un agrément simple qui peut servir à tous coopérateurs.
  • Bénéficier du numéro formateur de la coopérative en cas de besoin
  • Constituer un réseau d’entrepreneurs et rompre la solitude
  • La coopérative supporte le risque juridique et fiscal
  • La coopérative gère la comptabilité de chaque entrepreneur coopérateur
  • Gain du temps : l’ensemble de ces avantages permet à l’entrepreneur d’avoir plus du temps et de tranquillité d’esprit pour travailler sereinement, ce qui est très important.
  • Avoir droit à la formation continue
  • Bénéficier des ateliers thématiques
  • Bien sûr, la totale liberté de choisir ses clients et ses tarifs
  • Aucune limite dans le temps et on peut devenir sociétaire

ND : Une petite précision, intégrer une coopérative n’est pas un statut. Lorsque vous intégrez une coopérative, vous pouvez avoir plusieurs statuts : coopérant (en général à l’arrivée), entrepreneur salarié, associé...

  • Un accompagnement personnalisé,
  • L’administratif simplifié : la facturation faite par l’assistante, la comptabilité faite par le comptable, les déclarations aux organismes gérées par la coopérative…,
  • La possibilité de recourir aux conseils du comptable pour des conseils de gestion, ou pour légitimer ses prix par exemple,
  • Une couverture sociale, cotisation à la retraite, constitution de droits ASSEDICS dès lors que l’on est salarié à 70 heures
  • Une dynamique de groupe : des projets, des rencontres, des échanges avec les permanents, mais également les partenaires de la coopérative et les autres entrepreneurs
  • Une « indépendance sécurisée ».

Et les inconvénients ou les limites ?

ND : Les limites et inconvénients sont pour moi surtout situés au niveau des individus. Il faut trouver la coopérative qui vous corresponde pour que cela soit profitable.
Il y a également le droit de regard du gérant sur les contrats (notamment lorsqu’ils sont importants) – car ce n’est pas votre responsabilité, mais celle de la coopérative qui est engagée, ce qui peut être ressenti comme une entrave à la liberté du créateur par certains –, mais ce n’est pas mon cas. Là encore, je pense que c’est un problème d’individu et de façon d’exercer. À Escale, nous sommes entourés, guidés… mais jamais infantilisés. Nous pouvons nous tromper et assumer ces erreurs comme tout entrepreneur, mais dans un périmètre donné afin de ne pas mettre en danger l’ensemble de la coopérative.

FL : La facturation, puisqu’on est obligé de passer par l’extranet de la coopérative et attendre la validation de la facture. Je n’ai jamais eu de soucis, mais il faut prévoir quelques jours avant d’envoyer la facture au client.
Je pense que la limite sera le moment de vouloir embaucher, prévoir un autre statut à ce moment-là.

Comptez-vous rester « pour toujours » dans votre coopérative ?

FL : Pour le moment, je n’envisage pas d’aller ailleurs, mais vu la dimension que je souhaite donner à mon entreprise, je pense qu’à un moment je serais obligée de m’en séparer.

ND : De la même façon qu’il ne faut jamais dire jamais, je trouve difficile de dire « toujours ». Par contre, je n’envisage pas de changement de statut dans les prochaines années dans les conditions actuelles.

Pourquoi ne pas avoir choisi de créer votre propre structure ?

ND : Je ne suis pas créatrice dans l’âme depuis mes plus jeunes années, comme le disent certains. Je voulais juste exercer mon activité dans les meilleures conditions possible pour moi et ma famille. Si j’avais pu exercer en télétravail comme salariée, je l’aurais fait, même si c’est un peu moins vrai aujourd’hui.
Je trouve que la coopérative est une bonne alternative pour tester un projet, apprendre le métier d’entrepreneur et enfin l’exercer sans prendre de risques inconsidérés. J’ai une famille et cela me « sécurise » de rester salariée, même si c’est de mon activité et que mon quotidien est celui de n’importe quel entrepreneur. C’est assez difficile à expliquer.

FL : Je suis une jeune créatrice, et je ne veux pas me précipiter au risque de fermer dans un ou deux ans mon entreprise.
J’ai besoin de sécurité, le temps de me faire connaitre et d’explorer mon marché. Je trouve que tant que je n’embauche pas, la coopérative sera la solution idéale.

Quel conseil donneriez-vous à une télésecrétaire qui recherche un statut pour son activité ?

FL : Je lui conseillerais vivement la coopérative, et si elle tient à avoir son propre numéro de Siret, je lui conseillerais le statut AE, car il n’est pas mal pour débuter et tester.

ND : Je lui conseillerais de faire des tableaux comparatifs entre les différents statuts envisagés, les plus et les moins, principalement pour soi. Le statut ne se réfléchit pas que par rapport à des pourcentages de charges.
Pour être tout à fait honnête, j’ai fait des comparaisons chiffrées et les résultats sont assez similaires en ce qui le pourcentage du chiffre d’affaires restant à disposition de l’entrepreneur. C’est sur la façon de percevoir son « salaire », sur la gestion de ses frais, sur la reconstitution des droits… que se situe principalement la différence.
Par exemple, beaucoup font référence au pourcentage prélevé sur le chiffre d’affaires pour les frais de la coopérative. D’une part, si vous n’avez pas de chiffre d’affaires, vous n’avez pas de frais, hormis l’assurance professionnelle, d’autre part, c’est à mettre en parallèle avec ce que vous offre la coopérative. Et là encore, n’hésitez pas à poser toutes vos questions et à rencontrer plusieurs structures. Bien que le principe de base soit le même, chaque coopérative a ses règles et sa façon d’exercer qui peut plus ou moins vous correspondre.

Crédits photo : Flower’s.Lover

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