Secrétaires indépendants, l’exception masculine
Publié le lundi 30 mars 2015 par Celine Lieffroy | 0 commentaires
Classé dans : Témoignages -

J’ai hésité avant d’aborder le sujet des hommes télésecrétaires, mais finalement la curiosité l’a emporté. Et puis, la dernière enquête sur le métier de secrétaire indépendante m’ayant appris que 10 hommes avaient répondu au questionnaire (soit 4 %), je me suis dit que je ne devrais pas avoir trop de mal à trouver des témoignages ;-)

Finalement, je n’ai pas eu à chercher bien loin, puisque trois d’entre eux sont inscrits sur LEXIRIS.fr et le quatrième est un membre actif du forum de Gautier Girard dont je suis également une fidèle.

Petite déception, en revanche, sur les questions posées à ces messieurs sur leur vie personnelle et familiale, et la conciliation avec leur vie professionnelle exercée à domicile. Là où les femmes interrogées s’étendent facilement sur cette problématique, les réponses de mes témoins masculins sont réduites à la portion congrue. J’en déduis que la question ne pose pas problème aux hommes.

Je vous laisse découvrir ces quatre témoignages...

Jean Luc Busuttil est secrétaire indépendant à Ris-Orangis (91)

Jean Luc était ambulancier quand une intervention chirurgicale bilatérale aux genoux l’a contraint à changer de profession. Il avait suivi une formation de secrétaire comptable aux cours PIGIER et s’est donc lancé comme auto-entrepreneur en janvier 2012.

Il a créé Jlb-Services, entreprise de secrétariat à la carte spécialisée en retranscription audio et permanence téléphonique. Son activité se passe essentiellement à domicile, sauf pour la prise de notes et l’enregistrement des réunions dont il assure ensuite la rédaction des comptes rendus.

Jean Luc a commencé par s’inscrire comme auto-entrepreneur avant de faire ses recherches sur internet sur les prestations et comment organiser son activité.
Il n’a pas eu le droit aux aides de Pôle emploi, ni à l’Accre, n’étant pas considéré comme demandeur d’emploi au moment de son immatriculation.

À ma question sur l’écrasante majorité de femmes dans la profession, il me rappelle que le secrétariat était autrefois un métier d’hommes Il admet avoir été victime de préjugés, mais ne souhaite pas en dire plus, « par respect pour les dames. »

En tout cas, son entourage n’a pas été spécialement surpris de son choix professionnel, même s’il précise :

« Dans l’esprit des gens, l’auto-entreprise n’est pas considérée comme une entreprise, mais comme une activité annexe. »

Comment ont réagi ses clients ? « Aucune réaction particulière. Pour eux, c’est une évidence. »

Ce qu’il souhaite aujourd’hui pour son entreprise ? « Prospérer », mais il n’ose pas se prononcer sur l’avenir.

Ses conseils ?

« Ne pas faire comme moi, être seul. Il faut s’entourer, je l’ai compris un peu tard, mais je redresse la barre. »

Le mot de la fin :

« L’auto-entrepreneur est un réel chef d’entreprise, tout comme un commerçant ou un artisan. D’ailleurs, la chambre des métiers me considère comme un artisan. »

Tarik Belhamiti, secrétaire juridique indépendant à Nantes (44)

C’est après des études de droit et plusieurs années d’expérience sur des postes aussi bien administratifs que juridiques que Tarik a lancé, en juillet 2013, Cajae, cabinet d’assistance administrative et juridique.

Il propose des prestations de transcription audio, de relecture, mise en page, de la rédaction web, ainsi que des services d’assistance aux formalités et aux démarches administratives.

Étant donné son niveau d’étude, son entourage a été plutôt surpris que Tarik n’ait pas fait le choix de devenir avocat.

« Les 18 mois de formation à l’Institut d’études judiciaires dont 6 mois de stage en cabinet d’avocats rendent moins attrayant, selon moi, ce métier pourtant socialement prestigieux. »

Pour lui, aucune prédisposition féminine dans les compétences n’est nécessaire pour devenir secrétaire.

« Un secrétaire rédige, relit, et met en page des documents dactylographiés ou à dactylographier. Aucune prédisposition féminine ou masculine ne me semble nécessaire pour exercer ces fonctions de relecteur ou de rédacteur. Il s’agit de métiers ouverts à ceux, hommes ou femmes, qui maîtrisent ces services comme pour beaucoup de métiers. »

Ses atouts comme secrétaire indépendant : son bac +4 et sa réactivité aux demandes de ses clients.

Quelles sont ses ambitions pour Cajae ?

« Je souhaite faire évoluer mes services, leur qualité, et devenir un expert reconnu dans l’assistanat à distance sur des services d’aide aux démarches administratives, de rédaction, de relecture et de transcription audio. Cette diversité est stimulante. »

Stéphane Pichet, écrivain public et télésecrétaire à Paris (75)

Après une formation d’aide-comptable, Stéphane a travaillé 22 ans chez un grand voyagiste chez qui il a occupé des postes relevant de l’administratif et de la relation clientèle.

C’est après un plan social qu’il a décidé de se lancer comme indépendant et qu’il a créé Mylenium Scripta en avril 2011.

Ses prestations s’adressent aussi bien aux professionnels qu’aux particuliers, que ce soit du secrétariat, de la transcription, ou des missions comme écrivain public, notamment le carnet de voyage « retour », « ce dernier vient compléter le carnet du tour opérateur. Il s’agit d’un recueil des souvenirs de voyage des clients. »

Stéphane a commencé à travailler sur son projet alors qu’il était encore salarié, puis a été accompagné par un cabinet mandaté par son employeur dans le cadre du plan social.

« Mon activité a reçu un très bon accueil. Nous avons travaillé ensemble à son développement. Je suis très satisfait du soutien et des conseils qui m’ont été apportés. »

Cela n’a pas été forcément le cas de son entourage :

« J’avoue que le scepticisme et même l’indifférence étaient majoritaires au sein de ma famille. Sauf pour ma compagne et mes amis qui m’ont soutenu. C’est difficile à vivre lorsque les proches réagissent négativement ; c’est insupportable lorsque certains sont complètement hermétiques à votre projet. »

Outre son accompagnement extérieur, Stéphane s’est débrouillé seul pour le reste.

« Les principales difficultés étaient de construire un site internet professionnel sans connaissances informatiques spécifiques. J’ai tout fait tout seul. Le référencement a été une étape longue et fastidieuse. Est venu ensuite le temps de la prospection. Cela s’est avéré plus facile que ce que j’imaginais. J’ai pu gagner la confiance des clients. »

Du point de vue de la vie personnelle, Stéphane travaille majoritairement à domicile.

« Ma compagne est infirmière ; elle rentre vers 20 heures. Dès qu’elle est là, je "débranche" tout ce qui concerne le travail. On parle bien sûr de notre journée. C’est un sujet de débat. Elle est assez disponible de par ses horaires modulables et ses récupérations. Je parviens à m’adapter lorsque je le peux. »

Stéphane s’entend plutôt bien avec ses consœurs.

« Le tourisme, d’où je viens, est d’ailleurs un milieu très féminisé. J’ai longtemps travaillé dans un service composé exclusivement de femmes. Elles étaient ravies d’avoir un homme à leurs côtés.
Je pense qu’il est plus difficile pour une femme d’être intégrée dans un univers professionnel masculin, même si fort heureusement, la tendance tant à se démocratiser
. »

Comment ont réagi ses clients ?

« Mes clients sont satisfaits de mon travail. Je n’ai eu qu’un litige depuis que j’ai ouvert, et ma mission s’est avérée en cohérence avec la demande. C’est le client qui a procédé de son propre chef à des modifications sans m’en parler. »

Quels sont ses conseils aux hommes qui souhaitent devenir télésecrétaires ?

« Je leur suggère de bien réfléchir et de faire l’indispensable étude de marché. Ce métier est très enrichissant. Il a aussi beaucoup de succès, mais la concurrence est rude. Il ne faut pas hésiter tout en agissant prudemment. »

Hervé Hocquelet, secrétaire indépendant à Bordeaux (33)

Après un BTS Assistant de direction, Hervé a commencé par travailler comme documentaliste, puis comme secrétaire avant de se tourner vers le secteur du télémarketing où il a été jusqu’à encadrer des équipes de 15 à 20 téléconseillers.

« Mon expérience dans le secrétariat et plus particulièrement dans le téléphone (outil indispensable au secrétaire), ainsi que la réalité du marché, m’ont conforté dans l’idée que je pouvais créer mon propre emploi dans ce secteur d’activité. »

Son idée a été appuyée par un bilan de compétence et la rédaction d’un dossier complet rassemblant à la fois son étude de marché et son business plan. Réalisé sur 5 mois, celui-ci l’a aidé à obtenir les financements nécessaires pour lancer son activité et investir : ordinateur, imprimante multifonction, casque audio, logiciels de bureautique et de gestion, site internet, cartes de visite, inscription sur des annuaires professionnels…

Hervé a été accompagné par sa conseillère Pôle emploi, mais il a réalisé l’ensemble de ses démarches seul.

« Même s’il est important d’être entouré (beaucoup de personnes ont monté leur entreprise avant nous et leurs conseils sont précieux), je pense que la création d’une entreprise doit être une démarche personnelle. Le plus important est de rester fidèle à ses envies, objectifs, tout en tenant en compte de la réalité du marché. »

C’est en juillet 2011 qu’est né Izitel, entreprise de secrétariat et de phoning pour les professionnels et les particuliers.

Spécialisé dans le téléphone, relances, prise de RDV, qualification de fichiers, Hervé propose également des prestations de secrétariat et de retranscription audio.

Son entourage n’a pas été spécialement surpris de son choix professionnel dans la mesure où il y était préparé.

« J’avais ce projet depuis plus de dix ans et j’avais déjà entrepris quelques démarches au début des années 2000. Cependant, internet n’était pas autant utilisé et, à l’époque, ce projet m’avait semblé risqué. Avec le recul, je constate que j’ai bien fait d’attendre. »

Comment ont réagi ses clients ?

« Très bien. Je n’ai jamais eu de problème sur le fait que je sois un homme. Mes clients me remercient pour la qualité de mon travail, mes conseils, mon écoute et ma disponibilité. »

Pour Hervé, être un homme dans un métier essentiellement féminin est un atout.

« Être un homme dans un milieu féminin (ou l’inverse) est pourtant un avantage : on se fait davantage repérer. La preuve : lorsque j’étais étudiant en BTS assistant de direction, j’étais le seul garçon dans ma classe, et on m’avait élu directement délégué de classe et président de l’association. »

En outre, il a bien été accepté par ses consœurs, et met en avant l’aspect « séduction » dans le cadre des relations commerciales.

« Que l’on en ait conscience ou pas, il existe une part de séduction, et celle-ci facilite les relations professionnelles et commerciales. »
« Lors de mes missions de phoning, le fait d’être un homme me permet d’attirer davantage l’attention de mes interlocuteurs/rices. D’ailleurs, ceci est un de mes principaux atouts dont j’use et abuse. »

D’un point de vue vie personnelle, Hervé travaille dans un bureau séparé depuis son domicile, sauf quand il travaille sur site, pour la prise de notes et l’enregistrement d’une réunion, par exemple.

« J’essaie de me caler sur les horaires de ma compagne. Je me suis fixé une règle que j’essaie de tenir : pas de travail le dimanche ni le soir après 20 heures. »

Quelles sont ses ambitions pour Izitel ?

« Je souhaite développer mon activité dans la transcription audio, notamment parce que les retours de mes clients sont très positifs et parce que cette activité me convient. Je souhaite également passer en entreprise individuelle ou dans l’idéal en société. Et mon rêve est d’ouvrir mon propre cabinet/bureau en ville. »

Ses conseils aux hommes souhaitant devenir télésecrétaires :

« Sachez mettre en avant votre spécialité. Être un homme dans ce métier n’est pas banal, faites en sorte que cela devienne un avantage, et surtout restez fidèle à vous-même ! »

C’est Hervé qui posera la dernière question de mon article : « Comment les femmes télésecrétaires perçoivent-elles leurs confrères ? », et ce sera à vous d’y répondre en commentaire…

Crédits photo : shock Fotolia

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