Exercer comme secrétaire freelance avec un enfant en bas âge...
Publié le vendredi 27 avril 2018 par Angélique AUER , Celine Lieffroy | 2 commentaires
Classé dans : Témoignages - Organisation - Maternité - Vie familiale -

Quand on travaille à son compte comme secrétaire indépendant.e, comment gérer l’arrivée d’un bébé ?
Angélique, France, Manon, Antoine et Sophie ont accepté de témoigner pour Croquefeuille.

Angélique est secrétaire indépendante en Alsace (67)

Elle a créé RIED Secrétariat en août 2014, alors qu’elle était encore salariée et enceinte de sa fille (5 mois de grossesse).

« Je faisais 1 h 30 de trajet chaque jour, je n’avais pas d’horaire flexible et le gérant de la société imposait les dates de congés aux salariés. Je ne voulais plus de tout ça. J’avais besoin de trouver un équilibre entre vie privée et vie professionnelle. En restant salariée dans cette entreprise, je n’y serais pas arrivée… »

Elle a finalement demandé une rupture conventionnelle à son employeur à la fin de son congé parental, en mai 2015, et a pu bénéficier des allocations chômage.

Angélique travaille principalement pour des artisans (charpentier, électricien), des TPE (informatique et transport) et des professionnels de santé (cabinet médical).

Longtemps spécialisée dans la prospection téléphonique, elle ne propose plus cette prestation, car elle préfère travailler sur site.

Aujourd’hui, elle fait principalement de la gestion administrative et commerciale : facturation, relances des impayés, accueil téléphonique, classement…

Angélique est mère de deux enfants : Mathilde, née en décembre 2014 (3 ans), et Georges, né en avril 2017 (11 mois).

« Lorsque ma fille est née, je venais de me lancer. J’en étais encore à la phase de prospection et à la préparation de mes outils de communication. »

Pour son fils, en revanche, elle était déjà bien lancée. Il a fallu prévenir ses clients…

« J’avoue que j’appréhendais un peu leur réaction.
Finalement, tout s’est très bien passé. Mes clients ont géré la partie secrétariat eux-mêmes pendant mon absence, et ont sagement attendu mon retour
… »

Angélique s’était arrêtée presque 9 mois pour la naissance de sa fille, et 5 mois, à la naissance de son fils.

Elle a prévenu ses clients à son quatrième mois de grossesse.

La reprise s’est bien passée.

« J’ai appris à bien faire la part des choses entre vie privée et vie professionnelle. »

Ses enfants ont été à la crèche 4 jours par semaine, de 8 h 30 à 17 heures.
La grande va maintenant à l’école le matin, et continue d’aller à la crèche l’après-midi.

« J’ai la chance d’avoir ma belle-mère qui peut prendre le relais quand ils sont malades. »

Au début, la séparation avec ses enfants a été difficile.
Dans l’idéal, Angélique aurait préféré pouvoir travailler avec ses enfants près d’elle…

« Mais c’est impossible de travailler à la maison avec 2 enfants en bas âge, et je ne suis pas faite pour être mère au foyer. J’ai vraiment besoin de travailler pour mon épanouissement personnel. »

Pour Angélique, se lancer avec un jeune enfant n’est pas un frein.

« Si ces femmes sont prêtes à se lancer, alors qu’elles foncent !
Mais, petit conseil, si elles pensent se lancer pour pouvoir rester à la maison et travailler tout en étant avec leurs enfants, c’est une très mauvaise idée. Ce n’est pas gérable.
 »

Quels sont ses conseils ?

« Je dirais qu’il faut savoir s’entourer et s’organiser.
J’ai la chance d’avoir un conjoint qui m’a toujours soutenue, et des proches qui sont là pour m’épauler, et s’occuper des enfants, si nécessaire
. »

France est secrétaire indépendante en Franche-Comté (25)

Installée dans le Doubs, près de Pontarlier, France a créé Buro25 en juillet 2015

Elle a eu son premier enfant en février 2012.

« J’ai eu la chance de pouvoir rester à la maison pour l’élever pendant 3 ans.
J’ai toujours voulu être mon propre patron, et l’idée d’être indépendante a justement germé pendant mon congé parental.
Je ne voulais pas retourner travailler dans mon ancienne entreprise
. »

Polyvalente, France travaille exclusivement sur site pour une clientèle locale : informaticien, charpentier/couvreur, médecins, entreprise du BTP, peintre/plaquiste…

« Je me déplace dans les entreprises qui sont proches de mon domicile, ce qui me permet de rentrer déjeuner le midi.
L’entreprise la plus lointaine est à 20 min en voiture, mais je n’y vais qu’une ou deux fois par mois
. »

France a appris qu’elle était enceinte de son deuxième enfant la veille de recevoir son numéro Siret !
Il est né en mars 2016, il y a 2 ans.

Elle a donc prévenu ses futurs clients de sa grossesse dès leur première rencontre…

« Un client rencontré en octobre s’inquiétait de savoir si j’allais prendre des vacances à Noël. Ça a été le moment idéal pour le lui annoncer ! »

D’une manière générale, ils ont tous très bien réagi à la nouvelle, « malgré le fait que l’on se connaissait peu ».

France travaille d’ailleurs toujours pour eux :-)

Elle s’est arrêtée de travailler une quinzaine de jours avant l’accouchement…

« J’ai essayé de travailler aussi loin que m’autorisait la loi (et ma grossesse).
Cela faisait environ 6 mois que je travaillais pour mes clients. Ils avaient donc encore un peu l’habitude de gérer leur administratif eux-mêmes, ou ils ont été aidés par leur épouse.
 »

Son arrêt a duré 3 mois.

« À cette époque, je ne travaillais qu’environ 16 heures par semaine.
J’ai donc eu une reprise assez tranquille pour mon bébé, et pour moi également.
Cela me laissait du temps pour la prospection.
 »

D’un point de vue social, France n’a pas eu droit à grand-chose, étant donné qu’elle venait de se lancer et que son chiffre d’affaires était faible.

« De mémoire, le RSI ne m’a accordé que 800 euros pour 3 mois d’arrêt. »

La reprise s’est faite en douceur, grâce au recours à une assistante maternelle…

« Mon fils était gardé par une assistante maternelle, le matin, 4 jours par semaine. C’était l’idéal !
J’en étais au début de mon activité, mes horaires étaient réduits
. »

Avec le développement de son activité, les heures de garde ont augmenté progressivement.

« Je pense que cela a été bénéfique pour mes fils, comme pour moi.
Je ne suis pas partie travailler du jour au lendemain pour 35 h ou plus. Au début, je pouvais encore aller chercher mon bébé à 12 h 30, puis mon aîné à 15 h 30
. »

Aujourd’hui, France travaille à temps plein, mais elle garde son mercredi après-midi pour ses garçons.

« J’ai des clients qui sont très compréhensifs, voire papas poules… C’est rare qu’ils m’appellent quand ils savent que je suis avec mes garçons. Ils me fichent à la porte quand la maîtresse ou la nounou m’appelle pour me dire que l’un de mes fils est malade. »

Au début, elle craignait de ne pas parvenir à s’organiser entre un bébé et un jeune garçon, ou encore ne pas parvenir à gérer la fatigue…

« J’allaitais mon petit garçon, donc je me levais toutes les nuits. J’avais peur de ne plus assurer le lendemain. Mais finalement, comme j’avais tous mes après-midi de dispos, j’en profitais aussi pour me reposer un peu. »

Elle a su cadrer ses horaires en accord avec ses clients…

« J’avais prévenu mes clients que je ne serais au bureau qu’à 9 heures.
Cela me laissait du temps pour préparer les enfants et emmener mon aîné à l’école.
Je n’avais pas à les lever à l’aube pour les déposer en garde
. »

Pour elle, se lancer avec un enfant en bas âge est possible, du moment qu’on s’en donne les moyens

« Si elles sont sûres d’elles et qu’elles sont accompagnées, je pense qu’elles ne doivent pas hésiter… »

En revanche, impossible de travailler avec un enfant « dans les pattes »…

« Ce n’est pas faisable (j’ai essayé !).
Il faut vraiment séparer le travail à la maison et les enfants. Il faut se définir des plages horaires de travail où on est concentrée. On ne peut pas se permettre d’être dérangée, ou avoir une oreille qui traîne pour écouter ce que fait l’enfant.
 »

France reconnaît avoir eu de la chance :

  • D’avoir une assistante maternelle « l’esprit ouvert » et « disponible »
  • Des clients compréhensifs

« Peut-être est-ce lié à la ruralité de notre région ? », se demande-t-elle…

En revanche, elle hésiterait à avoir un bébé une fois bien installée…

« À l’heure actuelle, je ne pourrais pas laisser tomber mes clients… J’aurais l’impression de leur faire faux bon. Déjà, je me débrouille pour prendre mes vacances en même temps (au mois d’août)… »

Aujourd’hui, pour elle, un congé maternité supposerait de se faire remplacer par une consœur sans certitude de pouvoir « récupérer » ses clients…

Manon est secrétaire indépendante en Indre et Loire (37)

Originaire de La Rochelle, elle y a effectué un DUT Techniques de Commercialisation, puis a obtenu une Licence de Gestion à Angoulême.

Après plusieurs expériences professionnelles, un licenciement économique, et la naissance de son premier enfant, elle a décidé de se lancer à son compte en 2014, pour créer Assistante AGC.

« J’ai eu mon 1er enfant à la suite d’un licenciement économique. Lorsqu’il a fallu retrouver du travail, j’ai eu envie de me mettre à mon compte pour plusieurs raisons : la gestion du temps, l’envie de polyvalence et la volonté de travailler pour différents clients, donc différents secteurs d’activité. »

Spécialisée dans l’assistance aux appels d’offres, Manon travaille aussi bien pour des professionnels libéraux, des TPE-PME, des associations, des comités d’entreprise.
Elle leur propose de la gestion administrative et commerciale, ainsi que des prestations de retranscription audio.

Aujourd’hui, avec deux enfants, elle travaille plutôt à distance, depuis son domicile.

La fille de Manon est née en 2013, alors qu’elle n’était pas encore lancée.

« J’ai pu préparer la création de mon entreprise (étude de marché, stage d’installation, création des supports de communication, du site internet) durant sa première année, et j’ai ouvert l’entreprise un an après sa naissance, une fois que tout était bien préparé. »

Son fils est né en octobre 2017.
Cette fois, elle était déjà bien lancée, mais elle a pu se faire remplacer.

« J’ai travaillé le plus possible à distance, puis j’ai trouvé une consœur qui m’a remplacé le temps de mon repos. J’ai récupéré une partie de mes clients lors de ma reprise. »

Suite à des complications de sa grossesse, elle a dû s’arrêter assez tôt, à partir d’avril 2017, pour reprendre le travail fin janvier 2018.

Ses clients ont été prévenus dès le troisième mois de grossesse.

« J’avais un peu peur des réactions, mais elles ont été bienveillantes. J’avais mis en place en amont une solution pour eux quand je partirai en congé maternité donc ils ont été tout de suite rassurés. »

Pendant son arrêt, Manon a perçu des indemnités journalières de son assurance privée auprès de laquelle elle avait souscrit une assurance « perte de revenus ».

Pendant son congé maternité, elle a également touché les allocations forfaitaires de La RAM.

Comment s’est passée la reprise ?

« Pour le moment, je ne travaille qu’à distance et je le garde tant que je le peux. J’aménage mes horaires de travail : je travaille pendant les siestes, le soir, le week-end, et je le fais garder au sein de ma famille. Il fera son entrée en crèche la semaine prochaine… »

Pour elle, le plus difficile à gérer a été la fatigue…

Le fait de se lancer comme télésecrétaire est un bon compromis pour concilier la vie de famille et la vie professionnelle.

« Lorsque les enfants sont vraiment petits, cela peut être compliqué, mais tout est faisable avec l’aide du papa, de la famille et d’un bon mode de garde !
En revanche, il faut savoir prioriser ses tâches et ne pas délaisser l’une aux dépens de l’autre. Il faut trouver un équilibre et éviter de parler de son bébé à ses clients !
 »

Ses conseils :

« Bien préparer son absence et anticiper son départ en trouvant des solutions à ses clients.
Sinon, ils risquent de ne pas vous attendre.
Travailler le plus possible à distance et aménager son temps de travail durant la grossesse pour se reposer afin de ne pas être arrêtée trop tôt
. »

Elle ajoute :

« La maternité est une si belle aventure qu’il ne faut pas laisser le travail la retarder ou la mettre en péril.
Pensez à votre bébé, le reste se fera tout seul et naturellement.
Vous risquez de perdre un client ou deux durant la bataille, mais si tout a bien été préparé, il n’y a pas de raison, vous récupérerez vos conditions d’avant votre grossesse.
 »

Antoine est rédacteur de procès-verbaux (93)

Installé à Saint-Denis en région parisienne, Antoine travaille comme rédacteur depuis plus de 10 ans.

« J’ai vécu à l’étranger pendant quatre ans, où j’enseignais le français. J’ai aussi été traducteur. Puis, je suis revenu en France où j’exerce le métier de rédacteur ; un métier dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. »

Il a créé Dixit Legit, au sein de la coopérative Coopaname, en mars 2016, après l’échec d’une grève pour demander une augmentation de salaire.

« J’étais exploité par l’entreprise dans laquelle je travaillais. Je devais me soumettre aux primes de rendement et je subissais une forte pression managériale. Je ne supportais plus ces conditions de travail, mais je craignais de partir... »

En tant que rédacteur indépendant, ses clients sont essentiellement des comités d’entreprise ou CHSCT (futurs CSE) et des conseils d’administration.

Son métier : rédiger des synthèses de réunion plus ou moins denses, en fonction de la demande du client.

Il intervient sur site pour l’enregistrement de la réunion et la prise de notes, puis rédige le document à la maison.

Antoine est également papa d’une petite fille née en septembre 2016.

« J’avais alors contracté avec mon premier client, en juin, et je commençais à travailler en sous-traitance pour d’autres sociétés. »

Le congé maternité de sa compagne n’a pas impacté son activité, « mis à part la fatigue due à des nuits écourtées ».

Il ne s’est pas arrêté et n’a pas pris de congé paternité.

« Mon volume d’activité n’était pas suffisant au moment de la naissance de ma fille. J’avais beaucoup de temps pour la voir et m’en occuper. »

Il a néanmoins fallu trouver une organisation familiale cadrée quand la maman a repris le travail.

« Je suis beaucoup plus strict sur mes horaires de travail (9 h-12h30/14h-17h), ce qui est finalement une bonne chose. »

Le bébé est confié à une assistante maternelle du lundi au vendredi entre 8 h 30 et 17 h 30.

Pour lui, le plus difficile à gérer a été la fatigue des premiers mois, et les quelques périodes de maladie de sa fille.

L’idéal serait des crèches sur des espaces de coworking mutualisés pour les travailleurs indépendants…

Sophie est secrétaire indépendante dans le Val-d’Oise (95)

Elle a créé SJ95 SECRÉTARIAT en 2010 sous le statut d’auto-entreprise, et travaille plus particulièrement dans le juridique et le médical, à distance, depuis son domicile, ou sur site, dans les locaux de ses clients.

Son deuxième enfant est né en novembre 2017.

Sophie a prévenu ses clients vers 5-6 mois de grossesse, et ceux-ci ont très bien réagi.
Elle a commencé à ralentir son activité à partir du mois d’octobre.

En tant qu’auto-entrepreneuse, elle a eu droit à une indemnité journalière forfaitaire d’interruption de grossesse de 44 jours, 14 jours avant la date présumée de l’accouchement et 30 jours après, qu’elle a prolongés par deux périodes de 15 jours. (Au-delà, il n’y a plus d’indemnités.)

Elle a également bénéficié de l’allocation forfaitaire de repos maternel.

Pour en savoir plus sur vos droits comme auto-entrepreneuse :
https://www.secu-independants.fr/sante/naissance-et-adoption/allocations-maternite/chefs-dentreprise

Sophie a repris le travail en février,

« Mais pas à temps complet, car avec un bébé qui ne fait pas ses nuits, ce n’est pas évident de travailler à temps plein. »

Malgré la fatigue, la reprise s’est bien passée.

« Je le fais garder par sa mamie, et il va de temps en temps chez une assistante maternelle.
C’est une nouvelle organisation, avec du travail à domicile plus souvent que sur site, mais dans l’ensemble tout se passe bien
. »

Pour elle, ce n’est pas un souci de se lancer ou d’exercer avec un enfant en bas âge, « il suffit de bien gérer son emploi du temps ».

« Je pense qu’il faut se lancer quand on pense que c’est le bon moment, sans se poser de question.
« Si on a envie de se mettre à son compte et que l’on a une bonne organisation, ce n’est pas un problème
. »

Et vous, êtes-vous passée par la case grossesse dans le cadre de votre activité de freelance ? Comment avez-vous géré l’arrivée de bébé ? Quel a été l’impact sur votre activité ?

Crédits photos : Michelle Bender

Commentaires
Le jeudi 3 mai 2018 à 17h21

Article très intéressant qui permet de voir comment chacune s’organise pour gérer son activité et son enfant en bas âge. Pour ma part, la naissance de ma fille début 2017 a été un vrai changement.

Tout d’abord au niveau de la clientèle, puisque j’ai perdu un client (le plus important). Cela m’a fait prendre conscience que je ne prospectais pas suffisamment.

Cela a été un changement au niveau organisationnel puisqu’avec un bébé, le temps est compté. J’ai donc revu toutes mes priorités.

Au final, je suis encore plus heureuse aujourd’hui d’être à mon compte et d’avoir ma petite puce.

:::::::::::::::::::::::::::::::::::::::: Répondre à ce message ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::
Le jeudi 3 mai 2018 à 10h08

Merci pour cet article et ces témoignages intéressants !
Je suis en plein dedans, étant enceinte de mon deuxième, grossesse apprise 1 mois après mon immatriculation. Mais je prends le côté positif, et prends le temps également de me lancer correctement.

:::::::::::::::::::::::::::::::::::::::: Répondre à ce message ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::
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